Haïti déforestée, paysages remodelés

Un pays complètement dénudé comptant moins de 2% de couverture arborée. Une paysannerie analphabète et affamée détruisant les ressources forestières pour assurer les besoins en énergie nationaux et sa propre survie… Telles sont certaines des représentations courantes d’Haïti, internalisées même par les citoyens du pays. Cet ouvrage cherche à restituer une réalité bien plus complexe et nuancée. Il fait d’abord l’historique de 200 ans d’exportation du bois comme matière première pour les industries américaines et européennes du textile, de la construction navale, de la tannerie, de l’ameublement et de la pharmacie. Il analyse ensuite, en s’appuyant sur des études scientifiques récentes, l’étendue et la composition du couvert arboré actuel ainsi que l’importance des filières des produits du bois et des fruits dans l’économie nationale. Un bilan de plus de 50 ans de projets de reboisement et de lutte contre l’érosion est présenté, dans ce pays considéré comme un cas d’école en matière de dégradation de l’environnement. Des solutions, finalement, ne peuvent être élaborées que si elles capitalisent sur l’expérience et le savoir-faire séculaire d’une paysannerie qui a fait la preuve de son dynamisme.

Sommaire du livre

Chapitre 1
L’arbre et la forêt : historique de la déforestation
1.1. Une végétation naturelle déjà transformée par les Arawaks
1.1.1. Peuplement et mise en valeur durant la période précolombienne
1.1.2. Des « forêts vierges » ?
1.2. Mise en valeur de l’espace boisé et gestion des espèces arborées durant la période coloniale
1.2.1. L’expansion coloniale, le bois et le textile
1.2.2. La conquête espagnole : extension des forêts et début des exportations de bois
1.2.3. Le campêche et les fruits à Saint-Domingue : des exemples de diversification réussie des ressources forestières et fruitières
1.2.4. Plantations, bois d’oeuvre, bois de chauffe : les ressources forestières des régions de basse altitude s’amenuisent
1.2.5. La défriche des forêts de montagne
1.2.6. Couverture pérenne et régime hydrique sous la colonie
1.3. Le 19ème siècle, l’exportation de la forêt
1.3.1. Le bois de l’Indépendance… et de l’occupation de la partie espagnole
1.3.2. L’industrie de l’acajou
1.3.3. Haïti, république campêchière ?
1.3.4. Gaïac et gomme de gaïac des forêts sèches, des exportations qui menacent l’espèce
1.3.5. Les îles adjacentes, domaine du capital international
1.3.6. Café, cacao, fruits et produits secondaires : les exportations croissantes des aires arborées remodelées
1.4. 1930-40 : Les résidus de l’espace forestier
1.4.1. Paysages d’il y a trois quarts de siècle : où sont les forêts ?
1.4.2. Le rôle de la défriche par le feu
1.4.3. L’état, promoteur de la coupe, accuse la paysannerie
1.5. 1940-2000 : Arbres de guerre, bois de feu et arbres nourriciers
1.5.1. La Deuxième Guerre Mondiale : l’État haïtien fait feu de tout bois
1.5.2. Combustibles et matériaux pour le développement urbain et agro-industriel
1.5.3. Des exportations de bois qui tarissent, une arboriculture fruitière qui s’affirme

Chapitre 2
L’espace boisé actuel : l’arbre associé au vivrier
2.1. Le mythe des « 1,5% de couverture végétale »
2.1.1. Couvert forestier ou arboré ? Une réalité, deux visions, des questions
2.1.2. Quelques résultats d’interprétation d’images satellite récentes à l’échelle régionale
2.2. Arbres et écosystèmes
2.2.1. Rôle de l’arbre dans l’économie paysanne et choix des espèces
2.2.2. Les différentes formes de boisement
2.3. Composition de la végétation cultivée dans les systèmes à cultures arborées associées
2.3.1. Les systèmes arborés à dominante fruitier-vivrier
2.3.2. Les peuplements mixtes vivrier-bois d’oeuvre
2.3.3. Les systèmes « caféiers »
2.3.4. Systèmes avec composante cacao
2.4. Évolutions récentes de quatre espaces forestiers
2.4.1. Forêts du Parc Macaya
2.4.2. L’Unité II de la Forêt des Pins
2.4.3. Forêts sèches de La Gonâve
2.4.4. Mangroves du Nord et Nord-Est

Chapitre 3
Les filières fruitières
3.1. Production, consommation et échanges extérieurs de fruits
3.1.1. Production et consommation locale
3.1.2. Des exportations croissantes et des débouchés plus diversifiés
3.1.3. Des importations croissantes aussi de fruits frais, secs et de jus en provenance de République Dominicaine
3.2. Les circuits de commercialisation des fruits frais pour le marché local
3.2.1. Caractères généraux des circuits
3.2.2. Quelques exemples de filières pour les marchés urbains et ruraux : avocat, fruit à pain, mangue
3.3. Circuits formels et informels de fruits frais pour l’exportation
3.3.1. La mangue du secteur formel
3.3.2. Le rôle prépondérant de l’informel dans les exportations de fruits
3.3.3. Les circuits informels de la mangue vers la République Dominicaine et les îles voisines
3.3.4. Le commerce transfrontalier d’avocats et de fruits mineurs
3.4. La transformation des fruits pour le marché local et l’exportation
3.4.1. Jus, confitures et fruits séchés
3.4.2. Conserves d’ackee et de mangue
3.4.3. Le déclin des exportations d’huile de limette
3.4.4. Les pelures et huiles essentielles d’orange amère

Chapitre 4
Les filières de produits du bois
4.1. Charbon de bois et bois de feu
4.1.1. Une consommation nationale d’énergie faible mais satisfaite principalement par le bois
4.1.2. Une demande croissante de charbon de bois stimulée par le développement urbain
4.1.3. Techniques d’exploitation du bois, rapports de production et rémunération du travail dans la fabrication de charbon
4.1.4. Deux exemples de filières : Nord-Est et Nippes
4.2. Planches et poteaux
4.2.1 Consommation, production locale et importations
4.2.2. La fabrication locale de planches
4.2.3. Trois situations particulières pour le sciage : Parc National Macaya, Petite-Rivière de Nippes et Vallières
4.3. Produits mineurs : chaux, bois gras, huile d’amyris
4.3.1. La fabrication de chaux
4.3.2. L’exploitation du bois gras
4.3.3. La production d’huile de « bois chandelle »

Chapitre 5
Quatre-vingts ans d’expériences de « reboisement » et de lutte contre l’érosion
5.1. Les premières interventions : 1930-1960
5.1.1. La protection des forêts, un concept nouveau et encombrant
5.1.2. Les années cinquante : l’aide internationale déjà
5.2. Un creux dans les années 1960 mais aussi un nouveau Code Rural
5.2.1 Un nouveau rôle pour les institutions caritatives étrangères
5.2.2. Les prescriptions coercitives du Code Rural François Duvalier
5.3. Vingt ans de projets et de sérieuses remises en question sur l’intervalle 1975-1995
5.3.1. Les approches traditionnelles et leurs critiques
5.3.2. De nouveaux choix techniques axés sur le végétal
5.3.3. Le foncier : une contrainte importante mais à nuancer
5.4. Le marché international comme incitation à l’extension des cultures arborées (1995-2015)
5.4.1. Retour sur le café et le cacao
5.4.2. La mangue Francique dans les aires de plaine et de basse montagne
5.4.3. Les essais d’exportations « non-traditionnelles » de fruits à travers le secteur formel
5.4.4. Bilan : des contraintes structurelles encore fortes pour une meilleure insertion sur le marché mondial
5.5. Les projets de conservation des aires protégées
5.5.1. Végétation et biodiversité dans les aires protégées
5.5.2. Des projets qui peinent à offrir des alternatives viables de revenu aux populations exploitant les forêts
5.6. Une expérience paysanne riche d’enseignements, en Haïti et ailleurs
5.6.1. Terrasses, trames, rampes… : des choix de structures qui découlent de conditions écologiques et économiques spécifiques
5.6.2. Un parallèle avec l’agriculture en terrasses du sud-ouest de l’Europe
5.6.3. Le prix de la réhabilitation
5.7. Quelques expériences novatrices
5.7.1. Subventions pour la mise en place de cultures arborées
5.7.3. Structures pérennes de captage des eaux et des sédiments dans les ravines

Conclusion : voir, écouter, comprendre, agir

Bibliographie

Leave a Reply

*

Métadonnées

  • Nombre de pages : 386
  • Couverture et mise en pages : Manuel Salgado
  • Éditeur : Les Éditions du CIDIHCA
  • Langue : Français
  • ISBN : 978-2-89454-329-0
  • Dimensions : 149,9 x 230,4 mm
  • Date de publication : octobre 2015

au sujet de l'auteur

Alex Bellande

Alex Bellande, chercheur haïtien et consultant indépendant, est un agro-économiste avec une longue expérience de terrain qui l’a mis à l’écoute des populations rurales. Né à Port-au-Prince en 1955, il fait ses études primaires en Haïti et aux États-Unis, complétées par des études secondaires et universitaires au Canada et en France. De retour en Haïti en 1978, il rejoint l’équipe du Centre de recherche-formation-développement Madian-Salagnac-Aquin dans le sud d’Haïti, relevant de la Faculté d’Agronomie de l’Université d’État. Il est aussi en 1993-94 chercheur-associé au Département de Développement Agricole Caraïbe de l’Université Antilles-Guyane en Guadeloupe, puis consultant indépendant effectuant des missions en Haïti et dans la Caraïbe depuis 1999 pour des ONG haïtiennes et organisations internationales. Il est co-auteur des trois volumes de l’ouvrage « Paysans, Systèmes et Crise », paru en 1994, et de « Filières agricoles et dynamiques transfrontalières », portant sur les échanges de produits agricoles entre Haïti et la République Dominicaine et publié en 2008.